La déficience auditive

 

 

La population atteinte de déficiences auditives en France

 

Échelle de bruitLes surdités congénitales touchent chaque année en France un nouveau-né sur mille (soit 700 enfants déficients auditifs naissant chaque année). La déficience auditive est, parmi les handicaps, celui qui, en France, touche le plus grand nombre. On évalue en effet à 6,6 % de la population le nombre de français atteints d’un déficit auditif, ce qui correspond à 4 millions et 92 000 personnes se répartissant ainsi :

  • 111 600 personnes atteintes de déficience auditive profonde, soit 1,8 pour mille de la population,
  • 372 000 personnes atteintes de déficience auditive sévère, soit 0,6 % de la population,
  • 1 300 000 personnes atteintes de déficience auditive moyenne, soit 2,10 % de la population,
  • 2 308 400 personnes atteintes de déficience auditive légère, soit 3,72 % de la population.

Les personnes « devenues sourdes » et les personnes âgées représentent 88 % de cette population.

 

Classifications et répartition des déficiences auditives

 

1. Classification clinique

 

Déficiences auditives de perception

 

Les déficiences auditives de perception sont les plus fréquentes. Elles sont secondaires à des atteintes de l’oreille interne au niveau des cellules sensorielles de l’organe de Corti de la cochlée. Les cellules ciliées internes et externes se trouvent modifiées en nombre et en qualité, entraînant sur le plan perceptif une perte en intensité mais également en définition du message par distorsion et perte des propriétés de discrimination. On distingue ici les surdités acquises secondairement (post-méningitiques, toxiques, par traumatisme sonore…) des surdités congénitales. Les déficiences auditives de perception fournissent le contingent des surdités sévères et profondes qui entravent le développement spontané du langage oral.

 

Déficiences auditives de transmission

 

La conduction de la vibration sonore est empêchée au niveau de l’oreille moyenne (tympan et chaîne ossiculaire). Les déficiences auditives de transmission sont généralement accessibles aux traitements médicaux, contrairement aux déficiences auditives de perception de l’oreille interne beaucoup plus graves. Elles sont consécutives à des pathologies de l’oreille externe ou de l’oreille moyenne, acquises dans 99% des cas. Comme il n’y a pas d’atteinte de la cochlée, la perte auditive ne peut être supérieure à 60dB et il y a peu de déformations acoustiques. Ces pathologies sont soit acquises (l’otite séreuse est chez l’enfant la cause la plus fréquente), soit congénitale (comme l’aplasie mineure de la chaîne ossiculaire touchant un enfant sur 30000 environ).

 

2. Classification selon la date d’acquisition

 

Déficiences auditives pré-linguales (congénitales et très précocement acquises)

 

Les déficiences auditives précoces sont le plus fréquemment d’origines génétiques. Elles peuvent également résulter de pathologies embryonnaires ou fœtales, périnatales et postnatales qui peuvent s’associer à d’autres séquelles neurologiques ou sensorielles. De même, des troubles organiques peuvent être associés dans le cadre de syndromes génétiques. Les déficiences auditives prénatales concernent 7% des cas. Elles regroupent les surdités isolées avec les surdités associées à d’autres anomalies consécutives aux médicaments ototoxiques ou aux infections congénitales. Le cytomégalovirus est la cause la plus fréquente des surdités congénitales d’origine infectieuse, fréquemment associée à un retard psychomoteur.

 

Déficiences auditives post-linguales

 

On distingue classiquement les surdités prélinguales des surdités post-linguistiques ou post-linguales, c’est-à-dire acquises après la structuration du langage, souvent à l’état adulte. On peut faire entrer dans cette catégorie les presbyacousies relevant du processus naturel de vieillissement de la fonction auditive dû à l’absence de renouvellement des cellules neurosensorielles de la cochlée.

 

3. Classification audiométrique

 

L’importance de la déficience auditive est classée dans une échelle de gravité que le Bureau International d’Audiophonologie (BIAP) a élaborée afin de mettre en rapport l’importance de la perte auditive et les difficultés de perception de la parole. Cette classification s’établit en fonction d’une perte tonale moyenne mesurée en dB pour les fréquences 500, 1000, 2000 et 4000 Hz :

 

I. Audition normale ou subnormale : le seuil auditif est inférieur à 20 dB sur la moyenne des fréquences nécessaires à la perception de la parole qui est donc naturellement perçue sans difficulté.

 

II. Déficience auditive légère : le seuil auditif moyen est compris entre 21 dB et 40 dB. Etant donné que la parole, dans des conditions habituelles d’interlocution, est émise par un locuteur à une moyenne de 60 dB, celle-ci est bien perçue et les enfants atteints de ce degré de déficience auditive ne présentent a priori pas de difficultés de difficultés langagières. Pourtant ce type de surdité a une répercussion sur l’intelligibilité phonétique et perturbe la reconnaissance de certains indices acoustiques. Mais le caractère redondant de la parole permet généralement au sujet de mettre en place des modes de compensation spontanés.

 

III. Déficience auditive moyenne : le seuil d’audition est compris entre 41 et 70 dB. La voix et son fondamental grave sont perçus quoique très affaiblis, mais de nombreux éléments phonétiques ne sont pas perçus ; l’appareillage audioprothétique est dès alors indispensable.

 

IV. Déficience auditive sévère : le seuil d’audition est compris entre 71 et 90 dB. Seule la parole criée, de forte intensité, est perçue tout en étant fortement tronquée. En situation d’interlocution avec un locuteur parlant, une personne atteinte de surdité sévère ne voit que le mouvement d’une bouche silencieuse. La plupart des bruits de la nature ne sont plus perçus, seuls les bruits des activités humaines sont entendus. Sans appareillage audioprothétique ni éducation spécialisée, le langage oral ne peut être construit.

 

V. Déficience auditive profonde : le seuil d’audition est supérieur à 90 dB. Aucune parole n’est perçue, même quand elle est criée. Les perceptions auditives sont déclenchées par des bruits de très forte intensité qui sont entendus comme atténués. Les rares perceptions auditives résiduelles sont mêlées de façon indistincte avec les perceptions vibratoires labyrinthiques. Le monde auditif n’est pas ici le monde de silence que le sujet normo-entendant se figure fréquemment mais doit compter avec des bruits chaotiques parfois difficilement supportables pour l’enfant sourd, d’autant plus que ces bruits ne peuvent être rattachés à une source sonore extérieure au corps. Une surdité n’est donc pas uniquement une baisse qualitative d’audition mais une modification qualitative se manifestant par des distorsions sensibles du signal sonore.